USAGE DES ARMES COMME OUTIL D’AGRESSION SEXUELLE CHEZ LES JEUNES FILLES À L’EST DE LA RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

Davchase
Posted June 20, 2021

Par DAVID MUTAYUBARA Chase

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Si les violences dont sont l’objet les femmes ne constituent pas un fait social nouveau, l’intérêt accordé à cette question est un fait qui marque surtout notre époque et plus particulièrement les deux dernières décennies. Jamais on n’aura autant parlé de violence basée sur le genre, jamais autant on aura tenté d’en cerner l’ampleur et les formes et on aura été invité à la dépister et à la combattre.

L’insécurité et son cortège de violations des droits humains affectant gravement les populations sont directement liés à une prolifération incontrôlée d’armes légères et de petit calibre en sigle « ALPC ». En effet, la prolifération incontrôlée des armes légères et de petit calibre a un impact direct sur la sécurité physique des populations. En effet, elle est à la base de nombreux incidents violents affectant directement l’intégrité physique des citoyens congolais, ainsi que leur liberté de travailler et de se mouvoir et leur accès aux services publics de base. En outre, elle est à l’origine, ou elle contribue à aggraver, de violations des droits humains de toutes natures et handicape sérieusement le développement de la région.

Cette crise humanitaire à l’est de la RDC qui engendre plusieurs cas d’agressions sexuelles chez les femmes et jeunes filles figurent parmi les phénomènes dégradants pour les femmes et les jeunes filles.

80 % des violations des droits humains à l’endroit des jeunes filles impliquent la menace ou l’utilisation d’armes à feu. Ce pourcentage pourrait être encore plus élevé dans l’Est étant donné l’ampleur que la prolifération des armes légères et de petit calibre y a prise. Dans l’Est justement, dans un hôpital spécialisé dans le traitement des victimes de la violence armée de Goma, une forte majorité des 633 admissions (en excluant les réadmissions dont les raisons ne sont pas connues) enregistrées en 2018 et au début 2019 l’ont été pour des blessures commises par des armes à feu (près de 70 %).

Lors des conflits armés, nombreuses filles et femmes font l’objet de viol, mariages forcés, grossesse forcée et non désirées dont les conséquences sont tragiques ; d’autres sont tuées comme des vaches à l’abattoir après avoir subi des sévices en les introduisant des objets dans leurs parties intimes. Ces actes ignobles compromettent à leur développement social et à leur avenir radieux. Par manque de soutien et en raison de leur vulnérabilité socioéconomique et physique, les jeunes filles abandonnent le chemin de l’école pour rejoindre les réseaux de prostitution afin de pouvoir survivre.

Les jeunes filles sont également exposées aux maladies sexuellement transmissibles et constituent une atteinte aux droits fondamentaux des femmes et un obstacle à l’exercice de leurs libertés.

La violence à l’égard des femmes a de multiples conséquences sur la santé physique et peut nuire à la santé de la reproduction. Outre les blessures, comme les fractures, les lésions ou les maladies chroniques, la violence a souvent des conséquences mortelles comme le fémicide, le suicide et la mortalité maternelle.

Les conséquences sur la santé reproductive sont notamment les troubles gynécologiques, les infections sexuellement transmissibles, au VIH notamment, les grossesses non désirées et les problèmes obstétriques.

En plus des traumatismes physiques directs, les femmes victimes de violence sont particulièrement exposées à toute une gamme de problèmes psychologiques et comportementaux, dont la dépression, l’alcoolisme, l’anxiété et le comportement suicidaire, tout comme à des problèmes de santé génétique, tels que grossesse non désirée, maladie sexuellement transmissible ou dysfonctionnement sexuel.

Les effets psychologiques de cette violence peuvent être aussi graves que ses conséquences physiques. La dépression est l’une des conséquences les plus répandues. Le stress, les troubles d’anxiété et les troubles post-traumatiques sont également signalés.

Pour ces raisons, il apparait que la gestion et la sécurisation des armes et munitions de l’Etat et, plus largement, une profonde réforme de l’ensemble du secteur de la sécurité devrait être une priorité majeure des autorités de RDC en vue d’une protection efficace de la population féminine dans les zones opérationnelles.

Le gouvernement de la RDC peut envisager ces pistes de solution pour pacifier toutes les régions polluées en armes par les groupes armés afin de protéger la population :

  • Lancer une campagne de ramassage des armes auprès des groupes armés en leur offrant des bonnes garanties d’une meilleure vie à la sortie de cette vie militaire ;
  • Augmenter la solde et les avantages sociaux des membres des forces de défense et de sécurité, afin de prévenir les détournements et les extorsions à des fins de subsistance ;
  • Muter régulièrement les officiers des Forces Armées de la RDC et de la Police Nationale Congolaise afin de prévenir les allégations de comportement criminel portées à l’égard de certains d’entre eux ;
  • Faire de l’établissement de dépôts d’armes sécurisés, répondant aux normes internationales, une priorité de la nécessaire réforme des Forces Armées en RDC et de la Police Nationale Congolaise ;
  • Interdire le port d’armes par des soldats et des policiers en dehors de leurs heures de service ;
  • Caserner les militaires et limiter leur présence dans des lieux fréquentés par des civils ;
  • Réprimer sévèrement les détournements d’armes et munitions, en particulier s’ils bénéficient à des groupes armés ou criminels, et surtout s’ils sont organisés par des officiers supérieurs de la RDC ;
  • Former et équiper les services de contrôle des frontières et réduire le nombre de services affectés à cette tâche ;
  • Doter la Police Nationale Congolaise, en particulier dans les localités isolées ou de faible importance, d’effectifs et de moyens (transport, communication, armes…) suffisants pour la sécurisation de la population ;
  • Évaluer les opérations de Désarmement, Démobilisation et Réinsertion réalisées par le passé et redéfinir le Programme national de ce désarmement ;
  • Respecter les engagements donnés aux bénéficiaires lors des opérations de Désarmement, en particulier sur le plan de la réintégration des ex-combattants ;
  • Tenir compte de la présence de nombreuses armes blanches au sein de certains groupes armés ;
  • Favoriser le dialogue avec les groupes armés nationaux en vue de leur dissolution ;
  • Associer les leaders communautaires et les associations locales à la conception des opérations de Désarmement et adapter les projets de réintégration aux réalités et besoins locaux ;
  • Ne pas renvoyer les démobilisés dans leur région d’origine si celle-ci est encore affectée par l’activisme de groupes armés.

 

Comments 2

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Manasa Ram Raj
Jun 20
Jun 20

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Davchase
Jun 20
Jun 20

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